![]() |
Némésis |
L’hybris, (du grec ancien ὕϐρις / húbris), considéré dans la Grèce ancienne comme un crime, peut se traduire par démesure, "sentiment violent inspiré par les passions et plus particulièrement par l’orgueil". Tempérance et modération lui était opposé. Le châtiment de l'hybris est la destruction, la némésis, la déesse de la vengeance.
" Le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure" précise Hérodote.
Le Docteur David Owen estime que des dirigeants d'organisation (Etats, collectivités, entreprise) seraient victime d'une maladie directement liée à la détention du pouvoir et à son exercice: le syndrome d'hubris. Il propose à la communauté scientifique de considérer l'idée de cette nouvelle entité clinique.
Le syndrome d'hubris "c'est la perte du sens des réalités, l'intolérance à la contradiction, des actions à l'emporte pièce, l'obsession de sa propre image et l'abus de pouvoir... Il associe narcissisme, arrogance, égotisme, voir manipulation, mensonge et mépris…La caractéristique principale de l'hubris est qu'il est visible de tous, sauf du principal intéressé et de ses fidèles". (Sebastien Dieguez. Le syndrome d’Hubris, la maladie du pouvoir. Cerveau & Psycho, N° 34, juillet-août 2009, pp. 24-30.)
Le Dr David Owen a décrit quatorze symptômes du syndrome d'hubris. (voir ci-dessous): cinq sont propres au syndrome d'hubris, sept directement liés à la personnalité narcissique, un à la personnalité antisociale, un à la personnalité histrionique.
Si gardant toute votre lucidité, un de vos proches, une personne de votre entourage présente quelques uns de ces symptômes (trois suffisent d'après le Dr Owen), n'allez pas courrir la Sainte Baume pour essayer de trouver la déesse Némésis, mais par amour ou amitié, prenez votre courage à deux mains, demandez-lui d'aller consulter un psychiatre.
Les 14 symptômes de la maladie du pouvoir.
1- Inclination narcissique à voir le monde comme une arène où exercer son pouvoir et rechercher la gloire (*).
2- Prédisposition à engager des actions susceptibles de présenter l’individu sous un jour favorable, c’est-à-dire pour embellir son image (*).
3- Attrait démesuré pour l’image et l’apparence (*).
4- Façon messianique d’évoquer les affaires courantes et tendance à l’exaltation (*).
5- Identification avec la nation ou l’organisation, au point que l’individu pense que son point de vue et ses intérêts sont identiques à ceux de la nation ou de l’organisation (SH).
6- Tendance à parler de soi à la troisième personne ou à utiliser le « nous » royal (SH).
7- Confiance excessive en son propre jugement et mépris pour les critiques et les conseils d’autrui (*).
8- Impression d’omnipotence sur ce que l’individu est personnellement capable d’accomplir (*).
9- Croyance qu’au lieu d’être responsable devant ses collègues ou l’opinion publique, le seul tribunal auquel il devra répondre sera celui de l’histoire (*).
10- Croyance inébranlable que le jugement de ce tribunal leur sera favorable (SH).
11- Perte de contact avec la réalité, souvent associée à un isolement progressif (**).
12- Agitation, imprudence et impulsivité (SH).
13- Tendance à accorder de l’importance à leur « vision », à leur choix, ce qui leur évite de prendre en considération les aspects pratiques ou d’évaluer les coûts et les conséquences (SH).
14- Incompétence « hubristique », lorsque les choses tournent mal parce qu’une confiance en soi excessive a conduit le leader à négliger les rouages habituels de la politique et du droit (***).
Certains de ces critères sont partagés avec d'autres troubles psychiatriques déjà établis dans les nomenclatures officielles: (SH) Propre au syndrome d’hubris
(*) Personnalité narcissique.
(**) Personnalité antisociale.
(***) Personnalité histrionique
